Rendons à César ce qui lui appartient !


Alors que l’Elysée a confirmé le 22 septembre 2016 la signature du contrat de vente de 36 chasseurs Rafale entre les ministres de la défense indien Manohar Parrika et français Jean-Yves Le Drian à New Dehli, l’expert en management interculturel et spécialiste de l’Inde Laurent Goulvestre nous livre son analyse.

Du Mistral au Rafale, avons-nous eu de la chance ?

L’observation des relations politiques, industrielles et économiques du siècle écoulé démontre que les Indiens ont tendance à privilégier les évolutions plutôt marquées par un caractère durable ou de continuité que par une recherche de l’élément de rupture, de l’inédit ou de la modernité à tout prix. Le tape-à-l’œil, le clinquant ou la mode dernier cri rallient rarement les suffrages en Inde.

La relation entre la France et l’Inde en matière de culture aéronautique constitue en premier lieu une success story quasi permanente, et ce depuis les années 50. Le choix par l’Inde des avions Caravelle, des hélicoptères Alouette, des avions Ouragan dans les années 50 et des Mirages traduit un formidable élément de continuité. Le succès du Rafale est aussi une marque de confiance, d’une vision culturelle aéronautique partagée entre la France et l’Inde.

C’est en premier lieu une marque de confiance car les pilotes indiens militaires sont en général élogieux sur les Mirage 2000 qui sont appréciés pour leur efficacité, leur précision et leur fiabilité. Les étudiants indiens fréquentent également les grandes écoles d’ingénieurs de Toulouse telles que l’Ecole nationale de l’aviation civile ou l’Ecole nationale supérieure de l’aéronautique et de l’espace.

Le Rafale se situe entre les appareils de 4ème et de 5ème génération. Il est plus évolué que les appareils de 4ème génération comme le F16, le F15 ou encore le Tornado et le Mirage 2000. Dans la classification traditionnelle, les appareils de 5ème génération possèdent tous les atouts qu’offrent l’électronique, la furtivité et possèdent une capacité opérationnelle élevée (performances, poussée vectorielle, capacité super-cruise ou croisière supersonique sans post-combustion, capacité d’emport, rayon d’action…). A ce titre, le Rafale est équipé d’une antenne active à balayage électronique (RBE2). Il neutralise ainsi l’avantage qu’auraient pu présenter quelques concurrents américains et devance, du même coup, les Eurofighter d’EADS qui en sont démunis. Plus compact que certains de ses homologues américains ou russes, le Rafale est un appareil multi-rôle. Il s’agit d’un appareil qui se comporte autant en avion de chasse, de supériorité aérienne, qu’en avion de reconnaissance ou en appareil d’attaque au sol. L’autre atout du Rafale est qu’il existe aussi en version navale.

Au-delà de ces ancrages culturels, économiques et sociaux, les hommes politiques français et indiens ont partagé dans le passé un certain nombre d’éléments cruciaux dans leur paradigme politique : la vision d’un monde multipolaire privilégiant la codécision entre plusieurs continents plutôt qu’un alignement de la planète sur une ou deux superpuissances. Le Général de Gaulle ou le Premier ministre indien Nehru ont toujours incarné les concepts de souveraineté, d’indépendance et de dignité.

Il reste, au-dessus de tous les éléments cités supra, la confiance entre les deux pays. On ne confie pas une composante essentielle de ses forces armées – en l’occurrence le vecteur aérien – au premier venu. On préfère s’adresser à un gouvernement, un régime, un peuple avec lequel on partage une vision commune du présent et de l’avenir.

Cependant, 80 % du matériel traditionnel de l’armée indienne est russe et le refus de ne pas honorer la livraison du Mistral à la Russie, alors que le contrat était signé depuis longtemps, aurait pu engendrer un effet domino catastrophique pour nos emplois en France. Heureusement, il n’en a pas été ainsi car la qualité des liens industriels aéronautiques tissés dans le passé a pris le dessus.

Nous ne pouvons que féliciter l’équipe de Dassault pour ce succès.

Laurent Goulvestre
Conférencier et formateur expert international et interculturel – Auteur du livre « Bien communiquer avec vos interlocuteurs indiens » aux éditions Afnor – Président de GARUDA S.A.S.

http://www.goulvestre.com/

Anand Gokani, l'arrière petit-fils de Ghandi (à gauche) et Laurent Goulvestre (à droite)

Anand Gokani, l'arrière petit-fils de Ghandi (à gauche) et Laurent Goulvestre (à droite)

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