Chroniques de l’interculturel 1 Les Britanniques, du libéralisme au protectionnisme


Les Britanniques, du libéralisme au protectionnisme

En Angleterre, il y a comme un vent qui se lève. Ce n’est pas que nos voisins d’outre-Manche ne soient pas déjà habitués aux inclémences de la météo, mais celui-ci promet d’être violent. Un véritable ouragan… de changement.

La semaine passée, le premier ministre britannique – Theresa May – s’est empressé de féliciter le futur 45ème président des Etats-Unis d’Amérique tout en énonçant que les deux pays resteraient « des partenaires puissants, proches, en matière de commerce, de sécurité et de défense » pouvait-on lire dans les colonnes du Monde. Au lendemain de l’élection de Donald Trump, c’est toute une partie de la presse britannique ainsi que de ses hommes et femmes politiques qui a célébré ce qu’ils ont immédiatement considéré comme un écho au Brexit.

Le 23 juin dernier, les Britanniques avaient choisi de quitter l’Union européenne à 51,9% des voix. David Cameron plébiscitait le oui à l’UE, le « remain ». La solution « Brexit », abréviation de « British Exit », l’ayant emporté, il a été contraint d’annoncer sa démission. Désavoué par le peuple, lors du référendum, « la forme la plus parfaite de la démocratie », disait Georges Pompidou, M. Cameron n’avait pas d’autre choix.

Son successeur, Theresa May, semble aujourd’hui avoir choisi de poursuivre et même d’intensifier le courant qui a amené les Britanniques à vouloir sortir de l’Union européenne. C’est dans un contrepied total à l’héritage laissé par Margaret Thatcher que Theresa May dénonçait le 5 octobre dernier une société affectée par les privilèges que s’octroient les plus riches. Elle défendait ainsi le rôle d’un État fort qui doit fournir aux individus ce que le marché ne peut apporter, plaidant également pour les droits des travailleurs et les bénéfices de l’impôt, le prix que chacun paye pour vivre dans une société civilisée.

Difficile de suivre nos voisins d’outre-Manche sans chercher à comprendre les causes profondes de cette réorientation stratégique du pays. Rappelons que Theresa May avant de déclarer son déjà célèbre « Brexit means Brexit » supportait le maintien dans l’Union européenne. C’est une spécificité britannique, la capacité de garder une distance vis à vis des évènements et d’éviter de se laisser tourmenter par les émotions. Le fait de mal maîtriser ses émotions est mal vu au Royaume-Uni car cela suppose une perte de sa capacité de réflexion et d’action. Le « keep a stiff upper lip » (garder son flegme) est une expression souvent employée aux Royaume-Uni. Theresa May a su garder son flegme.

Peu importe que ceux qui aient voté massivement pour le Brexit – comme les habitants de Sunderland qui se sont prononcés par une marge de 22% en faveur de la séparation – soient en réalité les premières victimes de la rupture. Car ce sont, en effet, ces mêmes régions qui ont votés massivement pour le Brexit qui dépendent si profondément des échanges commerciaux, investissements et transferts provenant de l’UE. L’importante usine Nissan de Sunderland, dont plus de la moitié de la production est à destination de l’UE, a d’ores et déjà annoncé qu’elle songeait limiter ses futurs investissements suite au résultat du référendum, glaçant ainsi le sang de plus de 7000 personnes dont l’emploi dépend intrinsèquement de l’entreprise.

Le Nord industrialisé, les oubliés de la mondialisation, beaucoup trop loin de la City, n’en pouvait plus de ces élites riches et moralisatrices qui les négligent. Au prix d’un ultime sacrifice, ces perdants de la mondialisation leur ont rappelé qu’en démocratie c’est le peuple qui a le dernier mot. C’est une véritable rébellion des Britanniques de ce nord industrialisé contre ces élites bien-portantes vivant à Londres et dans le sud-est prospère du Royaume-Uni. Elles se sont soudain vues bien obligées de se rappeler de leur existence. Les « losers » de la mondialisation en Angleterre et aux Etats-Unis ne supportent plus ces différences, aujourd’hui abyssales, entre eux-mêmes et les plus riches de leur propre pays. Il se pourrait bien que l’heure en soit venue à ce que le vent tourne.

Avec le vent de l’ouest, écoutez le vouloir, chantait Jacques Brel, sinon c’est lui qui vous fera l’écouter. Les leaders britanniques ont bien compris qu’ils avaient tout intérêt à tendre l’oreille.

Retrouvez ci-dessous l’article sous forme de chronique :

Conférencier et formateur, expert international et interculturel
Auteur du livre « Les clés du savoir-être interculturel» aux éditions Afnor
Président de GARUDA S.A.S.
http://www.goulvestre.com/

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