Chroniques de l’interculturel 3 Le populisme en Allemagne


Le populisme en Allemagne
Récemment, la chancelière allemande, Angela Merkel, a annoncé qu’elle souhaitait consacrer 2% de son PIB (Produit intérieur brut) au budget de sa défense. En consacrant cette part de la richesse nationale allemande à son armée, elle souhaitait envoyer un signal fort : après l’élection d’un Donald Trump désireux de centrer sa politique sur les États-Unis, Berlin est prêt à jouer un plus grand rôle sur le terrain international. La chancelière veut également en profiter pour faire taire certaines critiques qui la déclarent incapable de fixer le moindre cap. « No, she can’t » murmurent ainsi ses opposant en coulisse, ne pouvant s’empêcher de sourire. Voilà de quoi vexer une Mme Merkel qui s’est à présent lancée dans une campagne pour un nouveau mandat de quatre ans après onze ans, déjà, de pouvoir.

Mais est-ce là vraiment la tendance, tenter de prendre un rôle à l’international que les Etats-Unis eux-mêmes délaissent ? N’y aurait-il pas un piège ? Le Bretzel ne semblerait-il pas trop appétissant ? ou trop gros ?

La chancelière devrait se méfier. Les négociations sur les derniers accords de libre-échange entre l’Europe et l’Amérique du Nord ont déjà profondément divisés l’Allemagne. Les Allemands, troisième pays exportateurs au monde, effrayés par des traités de libre-échange ! On aura décidemment tout vu, tout entendu. En février 2014, c’était 55% de la population qui était pourtant favorable au grand marché transatlantique (GMT). En juin 2016, 75% de la population se déclarait finalement hostile à ces traités de libre-échange. Des contestations se font entendre de toutes parts, l’Association pour la taxation de transactions financières et pour l’action citoyenne (Attac), la Confédération allemande des syndicats (DGB), l’Assemblée des communes allemandes (DST) et même l’Église évangélique – qui représente la moitié des chrétiens allemands – se mêlait au débat en exigeant des négociations plus transparentes. Mais du côté du Parti social-démocrate on répond : « nein » !

Chez les Allemands, c’est l’objectif, rien que l’objectif. On aime l’organisation en Allemagne. On prévoit et on ne change pas de direction au dernier moment lorsque tout est si bien planifié. Alors, on tombe des nues devant ces protestations, « je n’arrive pas à m’expliquer pourquoi, ces derniers temps, une nouvelle mentalité isolationniste se répand dans ce pays » déplorait Ingo Kramer, membre bien-portant de la direction de la Confédération des associations patronales (BDA).

Plus qu’un fossé, c’est un abysse qui sépare les salariés allemands – que le SPD est censé défendre – des élites du pays. Il y a une montée générale du populisme en Occident et l’Allemagne ne fait pas exception. Mais qu’est ce donc que le populisme ? Selon Cas Muddle, professeur associé de l’Université de Georgia que l’on pouvait lire dans Foreign Affairs ce mois de décembre – Europe’s Populist Surge -, on peut définir la notion de populisme comme l’idéologie qui sépare la société en deux groupes homogènes et antagonistes, les gens purs, le peuple, d’un côté et les élites corrompues de l’autre. Quand c’est en Grèce que cette idéologie l’emporte, menant ainsi Alexis Tsipras au pouvoir, on s’arrange. On apprend au chef du gouvernement grec quelle est sa place, on le renvoie à ses responsabilités. L’Union européenne intervient, le FMI (Fonds monétaire international) se fait entendre, Angela Merkel hausse le ton.

Mais lorsque c’est pas moins de six pays dont les parlements sont contrôlés par desdits populistes, Grèce, Hongrie, Italie, Pologne, Slovaquie, Suisse ; qu’ensuite, il y a un référendum pour le Brexit, premier pays à sortir de l’UE ; puis l’élection de M. Trump ; puis, la Cour constitutionnelle allemande qui en vient même a donner raison aux opposants du libre-échange, empêchant une application du traité AECG (Accord économique et commercial global) provisoire en attendant sa ratification, cela fait tout de même beaucoup, même pour Angela Merkel.

La chancelière allemande continue jusqu’à présent d’éviter la confrontation directe avec le populisme montant et répète inlassablement des messages positifs : « Wir schaffen das » (Nous pouvons le faire), et prône une « Willkommenskultur » (culture de l’accueil). Mais ces messages commencent à être à bout de souffle. Dans la crainte d’un nouveau retournement de situation, qui semble presque être de rigueur par ces temps, la chancelière allemande va-t-elle s’en tenir à sa ligne directrice et continuer la méthode Coué ? Ou alors, elle pourrait s’inspirer du flegme à l’anglaise et imiter sa voisine anglaise Theresa May en apprenant à retourner sa veste sans le moindre faux pli.

Retrouvez ci-dessous l’article sous forme de chronique :

Laurent Goulvestre
Conférencier et formateur, expert international et interculturel
Auteur du livre « Les clés du savoir-être interculturel» aux éditions Afnor
Président de GARUDA S.A.S.
http://www.goulvestre.com/

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