Chroniques de l’interculturel 5 Le TPP et la signification de son probable abandon


L’Asie-Pacifique est-elle toujours le centre du monde de demain avec ou sans le TPP ?

L’Asie-Pacifique est un territoire immense, peuplé et dynamique avec des pays qui connaissent de fortes croissances dignes des 30 glorieuses européennes. En 2015 : Chine, 6.9%, Viet Nam, 6.7%, Philippines, 5.9%. Pendant ce temps, la France la même année connaissait un taux de croissance de 1.3%.

Cela explique que l’administration Obama ait fait de cette zone une de ses priorités depuis 2010, date du retour des Etats-Unis en Asie. Priorité au détriment de l’Union européenne qui en 2015 ne connaissait qu’une croissance de 2.2%.
Les plus prestigieuses institutions financières internationales telle que la Banque mondiale qualifient la zone Asie-Pacifique de véritable locomotive de la croissance économique mondiale mais aussi de centre de gravité économique, politique et militaire de la planète.

Ces éléments semblent indiquer que toutes les raisons sont réunies pour investir et développer ses affaires en Asie-Pacifique, qui serait l’on peut dire « the place to be ». Cependant l’accord de libre-échange nouvelle génération TPP (Trans-pacific partnership) bat de l’aile depuis plusieurs mois et va probablement être abandonné, ce qui pourrait refroidir nos ardeurs.

Plus précisément, que se cache-t-il derrière le sigle TPP ? Il s’agit en anglais du « Trans-pacific partnership », traduisons le partenariat trans-pacifique. C’est un traité multilatéral de libre-échange qui vise à faciliter les flux économiques entre l’Amérique et l’Asie-Pacifique. Signé le 4 février 2016, cet accord est appelé « accord de libre-échange nouvelle génération » car il ne se limite pas à la baisse des tarifs douaniers. Il inclut également des mesures relatives à la propriété intellectuelle, à l’accès aux marchés publics et un accord de protection des investissements entre autres.

Cependant, avant d’entrer en vigueur, ces traités internationaux doivent être ratifiés par les pays, c’est à dire approuvés par l’autorité compétente capable d’engager son pays. Aux Etats-Unis, par exemple, le président ne peut pas ratifier un traité sans le consentement du Sénat. Cette étape peut donc être longue dépendamment du pays. Dans le cas qui nous intéresse, elle ne va probablement pas aboutir.

Le problème qui s’oppose à la naissance du TPP c’est la position de Donald Trump, 45ème président des Etats-Unis, entré en fonction le 20 janvier. Il souhaite se désengager au plus vite de cet accord qu’il juge néfaste pour les travailleurs américains.

« Comme partie de ce plan, j’ai demandé à mon équipe de transition de développer une liste d’actions exécutives que nous pourrons prendre dès le premier jour afin de restaurer nos pertes et de ramener nos emplois, il en est temps. Cela inclut : sur le commerce, je vais envoyer une notification d’intention de nous retirer du trans-pacifique partenariat (TPP), un désastre potentiel pour notre pays ».

On pourrait ainsi se demander si cela signifierait que l’Asie-Pacifique ne serait plus le centre des enjeux économiques du 21ème siècle. Si les Etats-Unis ne veulent pas conclure un accord censé faciliter les échanges avec l’Asie-Pacifique, c’est que peut-être investir dans cette zone et y développer ses affaires ne serait finalement pas si profitable à nos intérêts économiques.

Coupons tout de suite le suspens, l’Asie-Pacifique demeurera la zone la plus importante du globe. Même s’ils rompent avec le TPP, les Etats-Unis ont déjà de très nombreux engagements économiques avec les pays asiatiques tels que l’Inde, les Philippines, le Japon, la Corée du Sud etc. Donald Trump souhaite développer ces relations par des engagements bilatéraux qui seront encore plus bénéfiques aux travailleurs américains.

La zone a une importance stratégique immense. Les Etats-Unis ne peuvent pas s’en désengager. Prenons l’exemple de la mer de Chine, cette zone représente 30% du transit maritime mondial et 1200 milliards (la moitié du PIB français) en commerce maritime pour les Etats-Unis. Avec de tels chiffres en jeu, comment croire un seul instant que l’Asie-Pacifique cesserait bientôt d’être le centre de gravité mondial, et cela avec ou sans accord TPP ? Ce n’est donc pas parce que le TPP n’aboutit pas qu’il faut penser à ne plus se développer dans la zone Asie-Pacifique, bien au contraire, c’est une zone pleine d’opportunités pour les entreprises américaines et donc françaises.

Retrouvez ci-dessous l’article sous forme de chronique :

Laurent Goulvestre
Conférencier et formateur, expert international et interculturel
Auteur du livre « Les clés du savoir-être interculturel» aux éditions Afnor
Président de GARUDA S.A.S.
http://www.goulvestre.com/

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