Interview Expert : Laurent GOULVESTRE, Maitre ès interculturel.


Interview réalisé par Stratégie Export avec Laurent Goulvestre, enseignant à HEC et dans différents MBA à l’étranger et auteur de nombreux ouvrages sur le commerce international.

Stratégies export : On sent chez toi la nécessité d’innover dans les contenus et formats pédagogiques des formations que tu proposes à tes clients ; formation en extérieur, one-man show ? Comment sont venues ces évolutions dans tes formats de coaching et qu’apportent-ils de différent ?

Laurent Goulvestre : Nous sommes dans un monde de contactique et il y a aujourd’hui une surcommunication, c’est à dire de l’information à outrance.  Qui dit surcommunication, dit aussi plus de communication du tout car nous le savons tous, plus il y a de messages et moins ils nous impactent. Ceci engendre qu’il ne faut plus être aujourd’hui meilleur mais différent. J’essaie donc d’être en permanence différent tout en restant dans l’objectif de la demande de ma clientèle.

Stratégies export : Peux-tu nous parler de tes stages de management en « immersion terrain » rassemblant des populations de l’entreprise avec des cultures différentes ? Quels résultats surprenant as-tu remarqué chez les équipes ? Tu évoques le terme d’émorisation.

Laurent Goulvestre : Les formations interculturelles sur le terrain se déroulent sur deux jours et permettent de concrétiser quelque chose qui peut paraître a priopri très abstrait. Chaque exercice proposé répond à une problématique culturelle spécifique.
Par exemple, nous observons en filmant sur le terrain, comment les Allemands et les Français gèrent une situation de crise c’est à dire, par exemple, comment font-ils pour relier un point A à un point B avec des énigmes à résoudre et une boussole qui ne marche pas correctement.

Si chacun peut jouer un rôle dans l’entreprise, sur le terrain, le naturel revient au galop. En ce qui concerne l’émorisation, il s’agit de la mémorisation des acquis en utilisant les vecteurs émotifs de notre cerveau. C’est un peu compliqué ici, mais nous savons tous que nous nous rappelons plus facilement quelque chose qui nous a marqué que quelque que chose qui est passée inaperçu. L’émorisation correspond à cela.

Stratégies export : Le monde est vaste. Difficile d’évoquer une méthode d’adaptation du comportement qui puisse être commune à tous les pays. Dans ton spectacle dynamique, tu évoques cependant certaines clés. Sans entrer dans le détail, tu a mis au point une méthodologie pour nous y préparer…

Laurent Goulvestre : Pour ceux qui s’intéressent un peu au domaine de l’interculturel, nous avons des anthropologues, des sociologues qui ont voulu modéliser la culture pour la rendre moins abstraite et surtout pour mieux la comprendre.
Ils ont trouvé des variables, des points de repères sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour une meilleure compréhension de « l’Autre ».

J’ai repris ces variables et avec mon expérience, j’ai transformé tout cela de façon très pratique et donc exploitable.  Il  faut toujours faire attention au simplisme de la généralisation, mais si je dis à un Américain, que pour mieux travailler avec un Français, il est bon de l’emmener dans un restaurant de qualité plutôt que dans un fast food parce-que le Français aime bien la bonne bouffe, surtout dans les relations d’affaires, je ne ne crois pas beaucoup me tromper, n’est ce pas ?

Stratégies export : Peux-tu nous en dire plus sur ton organisation, ton planning, tes périodes d’écriture aussi ?

Laurent Goulvestre : Pour écrire, je fais comme les moines ! je me lève 7 jours sur 7 à 5 heures du matin et j’écris de 5 h à 7h15, l’heure de réveil de la famille la semaine, et cela pendant deux ans environ (temps de réalisation d’un livre). Puis ensuite je vais au travail comme tout le monde.

Au premier livre, c’était impossible, je m’endormais sur le bureau et je n’étais pas productif mais peu à peu, le rythme est venu et il n’y a que comme cela que ça marche. Pour le dernier c’est à dire le cinquième , je n’ai eu aucun problème. Je fixe aussi une deadline avec mon éditeur ce qui m’oblige à produire plus vite et mieux…

Pour les voyages, les décalages horaires sont aujourd’hui plus difficiles à encaisser qu’avant mais comme la passion est toujours là, je compense. Pour les différences de températures, pas de problème, tu vois je suis passé de Sao Paulo , où c’est l’été actuellement, à Göteborg en passant par Paris ces trois dernières semaines et tout va bien !

Cependant, c’est un peu comme l’écriture, il faut une certaine hygiène de vie pour animer des sessions de formation devant 30 Brésiliens un jour et 20 Suèdois les jours suivants. Surtout qu’à 46 ans, si tu ne fais pas un minimum attention, tu peux vite
devenir moins résilient.

Et enfin pour le travail, comme j’aime ce que je fais, je travaille presque tous les soirs. Mais si tu aimes vraiment ce que tu fais, tu ne travailles pas, tu te procures des occupations qui te passionnent et qui donnent du sens à l’occupation même de cet espace temps qui est devant toi.

Stratégies export : Tu te fixes des challenges exigeants dans ta vie perso. Peux tu nous parler de ta liaison Melbourne – Paris en passant par l’Asie, la Mongolie et la Sibérie ?

Laurent Goulvestre : Quand j’habitais en Australie, ma femme voulait rentrer en France parque qu’elle était « Home sick » alors je lui ai dit d’accord mais on ne rentre pas en avion. En remontant jusqu’à Darwin et en mettant la voiture sur le bateau jusqu’à Timor puis en faisant des sauts de puce en Indonésie pour retrouver le continent à Singapour, je prenais cela comme un jeu de piste.

Nous sommes bien revenus en France en prenant tous les moyens de transport mais pas notre voiture.

Nous avons fait un tonneau après Cairn en Autralie et la voiture était morte. Nous en avons racheté une d’occasion mais nous nous sommes fait avoir car le moteur était déjà bien « rincé ». Par chance nous l’avons revendu à Darwin. A partir de là on a tout le temps voyagé en transport divers et variés : le stop, le bus, le train mais aussi la péniche et le chameau !

Au total, il nous a fallu six mois en voyageant tous les jours. Je n’oublierais jamais le Transmongolien où il fallait que je mette moi-même du charbon dans le poêle du Wagon pour avoir un peu chaud. Nous sommes très loin du TGV car il nous a fallu deux cents heures de train pour relier Pékin à Paris ! Aujourd’hui la ligne est électrifiée…

Source : le Blog de Stratégies Export

http://strategiesexport.blogspot.com/

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