J’ai gouté à la liberté chinoise… Beurk !


L’incroyable histoire de la mise en place de ce crédit social et de la notion de liberté en Chine.

La bivalence individualisme/collectivisme est bien réelle en Chine et elle apparaît dans les relations en fonction de l’appartenance à un corpus social que lui seul saura reconnaître et apprécier. Le collectivisme a construit des hommes avec une très forte réserve à sortir du lot, un manque d’initiative flagrant. Les relations sociales sont organisées sous forme de ramifications avec en permanence des « donnés » pour des « rendus ». Ces échanges constants font que de nombreux Chinois s’investissent de façon personnelle dans de multiples relations et que cette notion de lien prend tout son sens ici.

En Chine, il existe deux niveaux de relations sociales :

–      un niveau très distant et hyper individualiste, où le respect disparaît comme par enchantement,

–     un niveau très proche et hyper collectiviste, où l’implication est très forte et les relations sincères. Les Chinois donnent leur temps et une partie de leurs ressources pour satisfaire ceux qui sont dans leur cercle.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les Chinois dans la rue sont donc très individualistes. À l’extérieur de leur réseau de connaissance, ils vont agir en ignorant complètement les autres. Ils vous poussent dans le train ou dans le métro sans attendre que vous sortiez, ils ne vous respectent pas dans une file d’attente en passant devant, ils ne s’excusent jamais, même après une forte bousculade. Ils n’ont absolument aucun sentiment pour vous et peu importe ce qui vous arrive. Ils vous ignorent et n’ont qu’une ambition : réussir dans ce monde où l’argent et la compétition sont les seules choses qui semblent désormais avoir un sens.

Ils sont aussi conscients qu’ils ne peuvent réussir à titre individuel et ils deviennent donc dépendants les uns des autres avec une sociabilité extrême quand cela s’avère nécessaire. Ils se regroupent dans un réseau de relation spécifique appelé « Guangxi », qui est constitué d’un ensemble d’individus sur lesquels ils vont pouvoir compter pour évoluer. Il s’agit d’un ensemble d’échange de services, plus ou moins forts, avec des engagements et intérêts réciproques significatifs.

Quand les engagements prennent fin parce qu’il n’y a plus d’intérêt à rester ensemble (projet terminé entre autre), le « guanxi » prend également fin pour renaître éventuellement, même plusieurs années après, si d’autres engagements et intérêts apparaissent. En s’efforçant de bien comprendre la complexité des « Guanxí » et en construisant le vôtre, de façon judicieuse, vous ouvrirez beaucoup de portes. Vous ferez comme tous ces Chinois qui comprennent que nous sommes tous les liés les uns aux autres et que l’individualisme est une utopie. Mais jusqu’où peut-on aller ?

On en arrive ainsi au crédit social qui correspond au fichage généralisé de tous les Chinois d’ici 2020. C’est dangereux me direz-vous, et bien pas du tout ! Quand on est hyper collectif, l’intérêt supérieur de la communauté prime sur les droits individuels et la grande majorité des Chinois estiment que le projet du gouvernement est une bonne chose pour de multiples raisons :

- tous d’abord la sécurité !  En étant fiché, fini les escrocs, les voyous. Si tout le monde est fiché, il sera très facile de retrouver les personnes, ce qui n’est pas faux.

- mais aussi l’harmonie ! Cela va surement renforcer le fait de faire plus attention aux uns et aux autres, car figurez-vous que ce fichier va noter les bons, des mauvais chinois, avec une évaluation graduée de 0 à 100%. C’est donc dangereux pour nous, avec notre propre perception bien française mais pas chinoise…

La majorité de la population chinoise ne perçoit donc pas qu’elle va être surveillée 24H sur 24H, car cerise sur le cadeau (ils aiment bien les cadeaux en Chine) cette surveillance sera faite par une généralisation des caméras dans la rue avec une reconnaissance faciale instantanée. Incroyable non ?

Il est vrai que dans notre pays où l’on peut saccager, piller et casser des vitrines à plus de 10 000 euros sans aucune impunité ou presque, cela peut choquer ! Mais ne sommes-nous pas dans l’autre extrême en ce qui nous concerne ? La vérité est sûrement entre les deux, encore faux t-il savoir ajuster le curseur, ce qui est loin d’être simple. Alors Beurk ou Miam à vous de choisir !

Pour en savoir plus sur les différences culturelles : les Clefs du savoir être interculturel, aux éditions Afnor (28€)

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